On parle de l'Internat Libre du Coeur de Liège dans la Libre Belgique

"On essaie qu’ils se sentent comme chez eux"

Isabelle Lemaire - Source: La Libre Belgique - Mis en ligne le 26/03/2012

La vie en internat, ce n’est pas toujours ce que l’on croit. Visite d’un petit établissement liégeois à l’ambiance très familiale.

Ils sont une soixantaine d’élèves, âgés de 12 à 20 ans, à être accueillis à l’internat libre du cœur de Liège. Cet établissement catholique mixte présente un profil plutôt atypique, comparé aux internats traditionnels. La petite structure regroupe des adolescents poursuivant une scolarité dans diverses écoles liégeoises. Parmi eux, on trouve beaucoup de sportifs de haut niveau (footballeurs au club du Standard et joueurs de badminton de la Ligue francophone), mais aussi des néerlandophones ou des germanophones venus apprendre le français, et des élèves mis en internat pour des raisons plus classiques (distance géographique, parents qui souhaitent un encadrement renforcé ou qui travaillent tard).

L’équipe se compose de sept éducateurs, tous également professeurs (institutrice ou logopède), de deux hommes d’entretien, d’une cuisinière (qui joue un rôle particulier dans la vie de la maison, nous y reviendrons) et d’une aide cuisinière. C’est la directrice, Christine La Mattina, qui nous fait faire le tour du propriétaire.

"Chaque élève dispose d’une chambre individuelle, avec sa propre clé, qu’il décore comme il veut. Il y a une salle commune de loisirs. L’internat ouvre le dimanche dès 21h, et accueille les jeunes en semaine de 16h30 à 8h du matin. Il n’y a pas d’éducateurs présents en journée et, donc, pas de garde assurée. Les élèves rentrent de l’école par leurs propres moyens, sauf les sportifs qui sont convoyés par leur fédération, en raison de leurs horaires décalés. A leur arrivée, les pensionnaires prennent un goûter, puis ils peuvent se détendre avant l’étude obligatoire de 17 à 19h. Filles et garçons sont séparés dès 21h, et extinction des feux à 22h30."

Si le règlement semble strict, il se base aussi sur la liberté que les parents sont prêts à accorder à leurs enfants. "Ce sont eux qui décident si les jeunes peuvent quitter l’établissement ou non, pour des activités extrascolaires, par exemple. De notre côté, nous tâchons de trouver un équilibre entre les règles à respecter et un climat familial que nous souhaitons instaurer pour que les élèves se sentent comme chez eux. J’essaie de créer un climat de confiance, de privilégier le dialogue avec les internes et leurs parents. Je ne suis pas que la personne qui sanctionne, mais je dois préciser que nous sommes gâtés, car notre public (les sportifs) est sain, poli et drillé. Souvent, les parents me remercient quand je pose des sanctions."

L’équipe éducative rencontre finalement peu de problèmes de discipline et d’adaptation à la vie en internat, comme l’expliquent Bertrand et Caroline, deux des sept éducateurs, eux-mêmes anciens internes. "Même si, chaque année, il y a l’un ou l’autre renvoi définitif, l’ambiance est vraiment bonne. Il faut rester cool, mais ferme, et tout baser sur le respect. Tout le monde connaît tout le monde et l’entraide est grande entre les internes", déclare Bertrand. "La petite taille de l’internat le permet. On reçoit beaucoup de confidences et on garde souvent le contact avec les anciens", ajoute Caroline.

Mais s’il y a bien une personne qui est l’âme et le cœur de cet internat liégeois, c’est Christine Cornélis, la cuisinière. Grâce à sa générosité, sa chaleur humaine et ses talents de cordon-bleu, elle a su gagner l’affection et l’estime de tous. "Certains internes m’appellent maman. Ils viennent me faire un bisou quand ils rentrent de l’école", dit-elle des larmes d’émotion dans les yeux. "Quand j’étais petite, au Congo, j’allais à l’école à 200 km de chez moi, alors, je sais ce que c’est l’éloignement affectif." La cuisinière prépare tous les jours de bons petits plats équilibrés, adaptés au régime des sportifs ou à ceux des musulmans. Elle fait même des suggestions de menus aux élèves. "Je reçois beaucoup de remerciements et de félicitations de leur part, des petits mots qu’on me laisse en cuisine. Les parents aussi m’en envoient", précise-t-elle, un grand sourire aux lèvres. "Certains me disent : "Tu cuisines mieux que ma mère !" C’en est presque gênant " Le jour de son anniversaire, les élèves lui ont organisé une petite fête et lui ont offert un cadeau. Ces moments précieux aident Christine Cornélis à surmonter le caractère difficile de son métier (elle travaille du lundi au jeudi de 12 à 21h30). "Les enfants sont très gentils. Ils sont ma force et ils m’aident à tenir."

A mille lieues des clichés du pensionnat strict et déshumanisant que d’aucuns ont connu, l’internat libre du cœur de Liège a su tirer parti de sa petite taille pour recréer un petit cocon où chaque pensionnaire trouve sa place et peut s’épanouir, tant dans sa scolarité que dans la vie en groupe. "La séparation avec les parents n’est pas trop pesante pour les enfants, grâce à Christine", affirme la directrice. "Nous avons des élèves qui passent toute leur scolarité chez nous, et nos éducateurs choisissent de revenir d’année en année. Certains sont là depuis 20 ans." Preuve, s’il en est, que l’internat, ce n’est pas toujours ce que l’on croit.

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